SB34 is a Brussels based non-profit organization providing qualitative and affordable artistic production studios, workshops and equipment. We also manage exhibition spaces in which local, international artists and art workers are invited to connect and collaborate to enhance the long term means of production, visibility and sustainability.


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SB34 is a Brussels based non-profit organization providing qualitative and affordable artistic production studios, workshops and equipment. We also manage two exhibition spaces in which local, international artists and art workers are invited to connect and collaborate to enhance the long term means of production, visibility and sustainability.





















































(c) Yoann Van Parys 






























L’expositionrosa rosa rosae rosae réunit des œuvres et des interventions d’artistes (cf. les cinq soirées de « moments ») qui croisent et se partagent des enjeux liés au langage, à la connaissance et à la transmission, en privilégiant dans leurs thèmes et leurs formulations la communication orale. L’oralité s’y donne comme un point de rencontre entre des temps et des espaces distanciés. Elle se fait le vecteur d’allers-retours entre des références héritées et des projections futures, entre les constructions collectives et les identifications individuelles, entre l’autre et le soi. Le titre rosa rosa rosae rosae se réfère à l’exercice scolaire de latin. Il évoque l’apprentissage et l’incorporation d’une abstraction à force de répétitions, la décontextualisation du mot par ce même exercice, le jeu de la traduction, les projections sur un passé éteint et les vides à combler au présent... Mais le titre signale aussi l’erreur – car l’ordre des termes traditionnellement enseigné a été modifié et il manque deux cas à la déclinaison. Il s’inspire en réalité d’une œuvre de Jan Vercruysse (Rosa / Rota II, 1984) composée de deux images en diptyque: sur la première, il tient un panneau reprenant la déclinaison latine du mot rosa (la rose) mais dont il a permuté deux cas rosa rosa rosae rosae rosam rosa ; sur la seconde, la même structure mais le panneau n’a plus qu’un mot, rota(la route, la destination). Dans cette œuvre, l’artiste en figure de poète s’immisce dans l’intervalle entre les mots et leurs fonctions, suggérant des récits potentiels par lesquels les aspirations de l’être se concrétiseront.
Si les œuvres et interventions réunies dans rosa rosa rosae rosae font la part belle au texte, c’est pour sonder l’intervalle entre des significations, travailler dans l’écart entre les mots, entre les phrases, entre les individus mais aussi entre les contextes des idées et ceux des comportements. Les artistes réunis ici envisagent donc la dimension relationnelle et interactive du langage par des approches diverses, de la poésie concrète à la fiction-documentaire, et qui combinent des références allant de la logique formelle à la littérature ancienne ou encore à l’anthropologie systémique. Collage, citation, enregistrement, séquence, superposition, traduction, transcription, transposition, permutation, etc. sont autant d’entrées d’application pour témoigner de la capacité de la langue à faire environnement entre idée/pensée et chose/monde réalisé.

L’exposition s’ouvre sur une rangée de cinq dessins discrets, à peine perceptibles, de Marc Buchy, qui résonnent avec une petite pièce de métal incrustée un peu plus loin dans la cimaise. Ces deux œuvres sont issues d’un projet intitulé Ka Kualmaku, qui trouve son titre dans une salutation namtrik langue parlée par la communauté indigène Misak en Colombie menacée d’une disparition annoncée. L’apprentissage de cette langue et la tentative d’en approcher la structure et le système symbolique sont au cœur d’une recherche que Marc Buchy a menée durant une résidence de trois mois avec le soutien d’un centre d’art local. Durant ce séjour, il est allé à la rencontre de la communauté où des adolescents ont accepté de lui transmettre la langue. Ces diverses expériences de partage et d’enseignement ont inspiré les œuvres de Ka Kualmaku,vaste projet qui convoque divers médiums (enregistrements écrits et vocaux, fresque dans l’espace public, performances, etc.) traitant des méthodes et des enjeux soulevés par cet apprentissage – ce projet est d’ailleurs le point de départ de la présentation que l’artiste réalise le 1er février (cf. moments). On distingue en effet sur ces cinq feuillets blancs des traces d’écrits manuscrits, qui sont les traces de mots que l’artiste a inscrits, répétés et raturés sur des pages placées au-dessus de celles-ci en vue de les mémoriser. Quant à la pièce de métal, il s’agit d’un caractère de typographie en plomb de la lettre « » typique et très fréquente en namtrik, associée à une technique d’imprimerie aujourd’hui délaissée. Marc Buchy a donc relancé une production de ce caractère typographique avec l’aide de typographes et de graphistes locaux. Cet objet détient ici une double fonction : dix d’entre eux ont été fondus et ont valeur de sculptures, tandis que la matrice a été laissée sur place pour permettre l’usage et la reproduction du caractère. Ces deux œuvres convoquent le procédé de l’empreinte par pression à travers l’inscription négative (des dessins) et le transfert (de l’imprimerie) traduisant la relation dialectique entre les phénomènes de la perte et de la persistance par une réflexion suggérée en creux. Ces deux œuvres rendent également compte de deux notions déterminantes dans la démarche de l’artiste : la contrainte qu’il s’impose et qui organise les situations au départ de ses projets (ici, l’absence d’une langue commune) et la « chose manquante » voire l’abandon dont témoignent les formes qui résultent de ces situations.

Yoann Van Parysprésente trois pièces issues d’une nouvelle série de sérigraphies, médium qu’il explore depuis plusieurs années et qui lui permet de fabriquer une imagerie caractérisée par l’assemblage et la superposition de fragments dont il revient au spectateur d’y tisser des liens en y projetant ses propres associations. Ce principe du collage persiste mais se trouve ici renouvelé par un travail d’écriture qui met en lumière la fugue comme une constante de la démarche. Une fugue qui s’exprime particulièrement dans la dimension ludique et mélancolique qui attache l’artiste à l’univers de l’enfance, et l’humour finement satirique qui semble sans cesse lui permettre d’échapper aux attentes formalisées. Ainsi pour ces trois œuvres, Yoann Van Parys a composé des suites de mots rythmées par des variations sonores qui se déclinent au départ d’expressions familières et provoquent des glissements poétiques, et les a appliquées sur des tracts électoraux issus des dernières campagnes locales en laissant transparaître les supports à travers les fonds colorés. Ces travaux interceptent le symptôme d’une mécanique politique traditionnelle contaminée par le règne du slogan, et les voilent par ces jeux de langage adressant d’autres horizons de promesses aux lecteurs.  

Le duo d’artistes buren raconte dans ce diptyque vidéo l’histoire de Sister fishbird birdfish, un être hybride librement inspiré d’un mythe associé à une ville antique égyptienne : « Oxyrhynchos » de son nom grec (signifiant le poisson au bec pointu) et « Per-Medjed » de son nom égyptien (signifiant la maison de Medjed, dieu égyptien). L’œuvre présente une série de tableaux mettant en scène les artistes dans des décors évoquant des univers aquatiques et aériens, manipulant divers objets et occupant des postures qui renvoient aux rituels antiques de l’offrande et des ablutions. Ces deux vidéos qui se font écho offrent deux perspectives sur ce même récit légendaire, chaque écran proposant des séquences filmées et des narrations proches mais en réalité subtilement différentes. Sister fishbird birdfish sonde la dualité par l’effet miroir à l’origine de ce mythe et qui résonne avec la pratique artistique en duo. L’œuvre suggère une seconde relation : entre des sous-titres qui utilisent un mode narratif propre aux récits mythologiques et des images qui se concentrent sur les gestes, les visages et les corps des personnages, caressées par l’eau et par les étoffes, etc. Ce lien évoque le phénomène de transmission du récit qui, pour atteindre la structure collective, implique son appropriation par l’individu en agissant sur son ressenti, de toucher la part sensible du sujet. Une incorporation exprimée ici par les corps.

Au départ de petites notes rédigées sur des supports anodins alors qu’elle effectuait un long voyage, Maira Dietrich a rédigé un texte assez bref en portugais. Elle en a ensuite séquencé les cinquante-trois phrases –nominales pour la plupart – qui le composent sous forme de liste avant de les classer par ordre décroissant. La colonne de gauche applique le protocole aux mots qui forment les cinquante-trois nombres rangés par ordre croissant. Les textes ainsi placés en deux colonnes de part et d’autre d’un axe renvoient à la technique du « calandrage » du papier réalisé par deux cylindres métalliques qui réduisent la pâte de papier en feuilles.  Dans le cadre de cette exposition, Maira Dietrich présente une seconde version de calandra traduite en anglais de manière littérale, provoquant des transpositions inopinées des significations et dessinant un profil propre à chacune des langues.

Les quatre bâtons de stries colorées d’Audrey Cottin font explicitement référence à ceux que l’artiste André Cadere (1934 Varsovie – 1978 Paris) avait pris l’habitude de promener et de poser dans les expositions où il se rendait. Par leurs intrusions temporaires, les bâtons en bois agissaient comme éléments sculpturaux et comme des indicateurs actifs, performatifs, tout à la fois de la nature sociale du cadre artistique dans lequel les œuvres d’art sont visibles et prennent leur sens, et de la quête solitaire de l’artiste. Les permutation sticks d’Audrey Cottin reproduisent le principe de Cadere des suites de couleurs dans lesquelles une erreur s’est glissée, mais remplacent les éléments en bois par des rubans de plastique enroulés autour d’une tige qui les dotent d’une dimension plus précaire, mais aussi légère et enfantine, rappelant les serpentins. Outre leur présence sculpturale qui rehausse l’espace où ils s’inscrivent, les permutation sticks suscitent la prise. Leur maniabilité évoque en effet celle du témoin qui se transmet en course de relais, sous-lignant l’hommage et la filiation d’une démarche artistique qui doit composer avec la matière paradoxale de l’œuvre d’art conceptuelle dans le champ visuel, un problème auquel Audrey Cottin répond par la création de performances dont le déroulement participatif contribue à instaurer des situations partagées et à formuler des récits spéculatifs – elle mène d’ailleurs une performance le 18 janvier, Flour Table (cf. moments).  

La projection d’Eva Giolo consiste en une boucle extraite de son film Say A (a tongue called mother), un 16 mm actuellement en production qui met en scène trois générations de mères-filles sous le prisme du langage, son apprentissage et sa dissociation – ce film est d’ailleurs le point de départ de la présentation que l’artiste réalise le 8 février (cf. moments). Au fil de scènes quotidiennes captées dans l’espace domestique, au plus près des personnages, la vidéo cadre les gestes entre la mère, la grand-mère et la nièce de l’artiste, invitant le spectateur au cœur des liens filiaux.

Alicia Jeannin présente une pièce sonore, qui provient en réalité d’une installation immersive et scénographiée inspirée d’une série d’entretiens que l’artiste a menés avec une femme de théâtre d’origine bulgare vivant en Belgique. Leurs échanges portaient plus précisément sur son bilinguisme, les souvenirs associés à son apprentissage du français dans un lycée français de Bulgarie, les aspirations de ses parents qui l’y ont inscrite, la teneur de cet apprentissage, et les environnements sonores liés à ces expériences. L’œuvre qui en résulte compose une fiction qui sonde les répercussions du bilinguisme sur le paysage psychique et sur l’imaginaire de l’individu. Il y est question de la relation intense entre un contexte linguistique à un contexte émotionnel. Dans cette œuvre, l’apparente confusion est en réalité organisée sur une tension, une dualité évoquée par des espaces extérieurs (nature) et intérieurs (domestique), suggérant le rapport complexe d’une identité fragmentée entre appartenance et abandon, et le perpétuel mouvement de composition.

Eleanor Ivory Weber présente Seven poems or “I would say (write)” [Ong], sept poèmes marqués par la saccade et la répétition des lettres et des sons, disposés en piles de fiches et laissés à la disposition des visiteurs. Cette œuvre puise son contenu dans l’ouvrage Orality and Literacy: The Technologizing of the Word (1983) de Walter J. Ong, professeur émérite de l’université de Saint Louis (États-Unis) et penseur célèbre pour avoir étudié le passage d’une culture orale à une culture écrite, définie comme celle qui utilise la technologie des mots écrits pour communiquer. Partant de cet ouvrage, Eleanor Ivory Weber a tout d’abord effectué une sélection pour en extraire toutes les phrases, et uniquement celles, dans lesquelles le mot « orality » apparaît. Ces phrases ont ensuite été regroupées dans une édition pour former un nouveau récit – ce texte est d’ailleurs le point de départ de la performance que l’artiste réalise le 15 février. Elle a ensuite appliqué un nouveau protocole dans ce texte déjà condensé en sélectionnant les premiers mots des phrases commencent par les lettres O – R – A – L – I – T – Y  – ces mots associés les uns aux autres composent ces sept poèmes. Aucune phrase ne commençant par la lettre R, l’artiste a donc cherché son équivalant sonore par le « WR », obtenant le mot « writing » par deux fois. Tout à la fois fruits de trouvailles provoquant des associations signifiantes hasardeuses et néanmoins efficaces, résidus d’un texte académique et indicateurs du système de la langue anglaise, ces poèmes, marqués par la saccade et la répétition, donnent lieu à des effets sonores propres à la parole.

Pauline Hatzigeorgiou



︎ LIST OF WORKS 

Marc Buchy
Ka kualmaku (notes d’apprentissage), 2019
5 feuillets, dimensions variables et Ka kualmaku (caractère d’imprimerie), 2019, objet, édition de 10 + EA -  courtesy de l’artiste

Yoann Van Parys
"Si et seulement si", "croire" et "la peur bleue", 2018
encre de sérigraphie sur tracts électoraux, 21 x 29 cm, 21 x 5 cm et 21 x 10 cm - courtesy de l’artiste et de la galerie LMNO

buren
Sister Fishbird Birdfish, 2015
deux vidéos, 11’ chacune - courtesy des artistes

Maíra Dietrich
CALANDRA, 2016 version portugaise (publiée par par(ent)esis) et 2019 version anglaise, impressions sur papier, 40 x 20 cm chaque, multiples

Audrey Cottin
Belgium collection (Permutations sticks), 2010
rubans en plastiques enroulés sur tiges, 4 éléments, 64 x 5 cm - courtesy de l’artiste et de la galerie Tatjana Pieters

Eva Giolo
extrait de A tongue called mother, 2019
film 16mm scanné en fichier digital, 4:3, boucle de 7’- courtesy de l’artiste

Alicia Jeannin
En tête, ou les sillons de la langue, 2018
bande-son stéréo extraite de l'installation sonore, 6”51 - courtesy de l’artiste

Eleanor Ivory Weber
Seven poems or “I would say (write)” [Ong], 2019, impressions sur feuillets A5, multiples - courtesy de l’artiste


︎ PROGRAMME

︎ 10.01 > 15.02 Exhibition open on Sat. 14:00-18:00 & by appointment at info@sb34.org

︎ 10.1 – 18.00 > 21.00 opening

︎ 18.1 – 19.00 performance by Deborah Birch & listening group with Charlie Usher

︎ 1.2 – 19.00 screening of the film Nou voix by Maxime Jean-Baptiste & presentation of the project Ka Kualmaku by Marc Buchy

︎ 08.02 – 19.00 screening of the film Noise and knowledge by Sofia Caesar & presentation of the film A tongue called mother/Say A by Eva Giolo

︎ 09.02 – 20.00 Sabir La Nuit#2 with Clément Delhomme, Amélie Derlon-Cordina, Carole Louis, Kevin Senant & Sophie Senecaut

︎ 15.02 – 19.00 performance by Audrey Cottin Flour & performance byEleanor Ivory Weber: reading and listening session of Ong, W.J., 1982. Orality and Literacy: The Technologizing of the Word. Reprint 2002. New York, NY: Routledge. (2017-)
& finissage

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles